
Marc Trabys
Du
vendredi 17 avril 2026
Au
dimanche 19 avril 2026
Vernissage vendredi 17 avril de 18h47 à bien plus tard
Un autre début. À un moment il faut bien commencer.
Toucher la toile lisse, ouvrir une porte. Pour aller où ? Je l’ignore.
« Je prends une couleur, je fais un geste et le dialogue commence »
disait Soulages.
C’est ainsi : une couleur, une gesticulation colorée, un espace informe
de tonalités indéfinies : le désordre primordial,
le Chaos dont parlait Deleuze. À ce stade tout est travaillé en même temps.
Couleurs et médiums me jouent une étrange sarabande
à peine orchestrée par ma main.
Je ne vois rien.
La question est toujours plus poétique que la réponse.
Les paysages fantastiques de Léonard tiennent plus leur poésie
de la technique mystérieuse des sfumati que du simple fait
qu’ils sont nés de l’imaginaire de l’artiste.
Je suis toujours ému quand je vois le public s’approcher
de très près de mes toiles, scrutant la technique,
analysant les effets. «Comment c’est fait ?
Comment ça marche ? Comment ça tient ? ».
S’il y a de la poésie dans ma peinture elle réside
peut-être en cette triple question.
Mon atelier a tendance à se transformer en officine d’alchimiste.
Je joue sur les propriétés physiques autant que chimiques
de la peinture à l’huile, la mécanique des fluides, la viscosité,
les temps de séchage différents suivant les couleurs ou les matières,
il y’a là comme une autonomie de la création,
moitié Frankenstein moitié Dorian Gray,
la créature libérée de son créateur : «Ça » se fait tout seul.
Puis, au fil du temps, au gré des formes et des variations
chromatiques le tempo ralentit. L’harmonie se repose.
On approche de la fin. Je n’ai rien décidé, le Sujet devient Objet,
le Geste devient Acte.
Comme guidé par sa propre horloge, qu’il me reste ou pas de la couleur
sur ma palette, le tableau me dit NON, l’enfant est devenu intouchable,
il ne m’appartient plus.
L’œuvre est achevée, c’est un autre début.
Marc Trabys
